De l'analyse au travail du sol

De Wiki Auréa
  • L'analyse de terre n’est souvent utilisée que pour apprécier la fertilisation à apporter aux cultures. Cet usage, certes essentiel, est cependant réducteur par rapport aux informations qu’elle peut apporter.Pour aller plus loin que le simple commentaire affiché sur les rapports d’analyses de terre, cet Agro Reporter montre que l’analyse de terre peut aussi aider à choisir le type de travail du sol le mieux adapté à la parcelle, notamment en raisonnant sur les paramètres biologiques. Labour, Technique Culturale Simplifiée (TCS)… ? Pour l’agronome, il n’y a pas de choix technique à favoriser a priori. Il y a par contre des méthodes plus adaptées à tel ou tel type de parcelle, ou à tel ou tel objectif.

Entete2012 agriculteur.jpg

Plus loin que la texture : la qualité du Complexe Argilo Humique

La texture d’un sol (proportion d’argile, de sables…) explique en grande partie les conditions de développement et de fonctionnement radiculaire (perméabilité, humidité, tassements, compactages…). Fondamentalement, l’un des buts du travail du sol est de placer la graine et les racines dans les meilleures conditions de fonctionnement (qualité du contact, homogénéité…) Par exemple, les risques de manque d’aération ne seront pas à prendre en compte dans un sol riche en sables grossiers. De même, un sol argileux a souvent des capacités de restructuration naturelle par les conditions climatiques. Ce risque sera par contre évident en sol limoneux. C’est donc souvent dans cette gamme de sol que se pose le problème du choix de la technique culturale. C’est aussi dans ces sols limoneux, surtout s’ils sont pauvres en argile, qu’une vision agronomique trop basée sur une approche minérale du Complexe Argilo Humique (CAH) atteint ses limites. Elle considère que la liaison entre les argiles et l’humus, tous deux de charge négative, se fait par des ions positifs (calcium mais aussi fer, manganèse, aluminium...) et permet d’expliquer les notions de complexe adsorbant et de floculation du sol. Pour aller plus loin, une première étape plus « biologique » consiste à montrer que ce complexe, parfois très fragile s’il n’est pas assez lié au calcium (sols neutres ou acides), est protégé par une colle organique, la [glomaline]glomaline, produite essentiellement par les champignons mycorhiziens. Cette protection est surtout efficace contre la dégradation de la structure du sol par l’action de l’eau. Une deuxième étape consiste à réaliser que la structuration des particules par le CAH n’est à l’origine que de 40 à 60% des agrégats du sol selon les sources. Dans les autres cas, la cohésion des particules du sol est réalisée par des exsudats racinaires (mucilages) ou par la glomaline. Ainsi, dans un sol limoneux, où l’analyse montre un CAH peu présent, les techniques culturales devront favoriser le maintien d’un structure correcte par un entretien ou un regain de l’activité biologique (cultures intercalaires amélioratrices, arrêt du labour…).


Plus loin que la Capacité d’Echange en Cations (CEC)

Même si l’on est bien sur des argiles vraies, toutes les argiles n’ont pas la même capacité à retenir et échanger les ions. Il est possible de déterminer la nature des argiles présentes dans un sol, mais à un coût très élevé. La mesure de la Capacité d’Echange en Cations (CEC) est alors intéressante à comparer au niveau en argiles et à teneur en matière organique. Un écart entre la CEC mesurée au laboratoire et la CEC calculée (idéal théorique), s’expliquera par la présence de « fausses » argiles ou d’argiles de mauvaise qualité (l’argile expliquant environ 60% de la variabilité de la CEC) ou de matières organiques peu actives. Cet écart entre CEC dosée et CEC théorique idéale est un indicateur intéressant pour apprécier la réalité du CAH dans un sol et, par extension, l’effet négatif ou positif d’une opération culturale.

Travailsol-image1.jpg

Plus loin que le pH et l’état calcique

La gestion des amendements minéraux basiques (chaulage) répond à plusieurs objectifs :

• placer les racines de l’espèce concernée dans les meilleures conditions de pH par rapport à ses exigences,

• assurer la nutrition en calcium,

• structurer le sol par le biais du complexe argilo-humique,

• favoriser l’activité biologique des sols.

Ce dernier objectif, souvent oublié, participe pourtant à la réussite des trois premiers… Ainsi, le fameux diagramme de TRUOG (1948) d’assimilabilité des éléments en fonction du pH devrait être systématiquement complété par l’effet de l’acidité ou de l’alcalinité du sol sur la vie biologique.

Travailsol-image2.jpg

Ainsi la vision uniquement physicochimique du sol évolue progressivement vers une appréciation plus basée sur la vie du sol où une part importante de la disponibilité minérale et de la structuration du sol est liée à l’état biologique (biodisponibilité). Cela nous rappelle également que la gestion du pH et de l’état calcique est souvent prioritaire par rapport à des apports organiques. En effet, à quoi sert d’apporter de la matière organique (ou d’enfouir les résidus de récolte) si la faune et la flore du sol ne sont pas à même de l’utiliser et de la transformer ?

Une prise en compte du pH du sol et du potentiel d’acidification (voir Duo de pH au menu) est donc nécessaire dans toute approche de Technique Culturale Simplifiée visant à favoriser la vie biologique.


Quid des réserves et de la disponibilité minérale ?

La lecture du potentiel minéral du sol doit se faire en deux étapes :

• L’élément minéral est-il suffisamment présent au sol ?

• L’élément minéral est-il disponible ?

Le rapport d’analyse de terre donne directement la réponse à la première question. La disponibilité minérale, très multifactorielle, est par contre plus difficile à apprécier : état hydrique du sol, pH, état structural, température du sol au moment des prélèvements par les racines, activité biologique…. La figure ci-dessous illustre, pour le phosphore, cette complexité. La présence de phosphore dans les organes du végétal est très peu corrélée aux réserves du sol (leur appréciation reste cependant indispensable) mais étroitement liée à la présence de mycorhizes. Les conditions de pH du sol et de porosité, estimée par la texture, sont par ailleurs des facteurs d’explication du bon développement des mycorhizes.

Travailsol-image3.jpg

Ainsi, le choix de la technique culturale à effectuer doit se faire aussi en fonction de la mise à disposition minérale qu’elle entraîne. Dans un sol où la disponibilité en phosphore est limitante, un travail du sol trop mécanique perturbant la vie biologique pourra être négatif à ce niveau. L’effet pourra être contraire pour la mise à disposition du potassium, plus lié à la qualité du flux hydrique dans le sol. A noter que ce type d’approche montre également l’intérêt de l’analyse de végétal, même en grande culture, une simple lecture de l’analyse de sol ne permettant pas d’affirmer que l’élément minéral est bien « passé » dans le végétal. Elle montre également qu’une analyse de terre limitée à une appréciation des seules réserves chimiques n’est pas suffisante.

Autres indicateurs

D’autres indicateurs présents sur l’analyse de terre peuvent également être des critères de choix d’une méthode culturale :

- le potentiel biologique du sol, estimé

- l’état réducteur du sol (par exemple le niveau d’oxydo-réduction du manganèse),

- l’état de salinité (avec des risques d’agressions racinaires temporaires s’il est trop élevé), apprécié par la conductivité,

- le rapport C / N,

- …

On voit que l’analyse de terre peut être une source d’information sur le type du travail du sol le mieux adapté. Les agronomes d'AUREA travaillent à des critères spécifiques pour faciliter ce choix. Bien évidemment, cet outil sera toujours à compléter par une observation régulière du sol, notamment pour apprécier l’effet des pratiques culturales sur la structure, le développement racinaire, l’état hydrique…